De la campagne a la ville a la recherche de protection : le cas colombien du deplacement force.

Author:Perez, Flor Edilma Osorio
Position:Internal forced displacement in Columbia
 
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Abstract

This article discusses some dynamics of internal forced displacement, which has occurred at a high level in Columbia over the last decade as a result of the civil war which the country is going through. Influenced by the rural-urban population flow, peasants flee from their homes to the imagined safety and security of the cities. Bogota, for example, the seat of government and of all public institutions, is experiencing rapid urbanization, as distinct from a deruralization process which is transforming the whole country. When displaced people are able to meet with others in similar circumstances they are able to establish new improvised ties of sociability, fragmented and ambiguous as they are, and enables them to find some solutions to their circumstances. Despite the precariousness that each day brings, the desplazados (displaced) live in expectation of a better future, despite having no other place to go and being surrounded by a weariness caused by instability and uncertainty.

Resume

Le present article traite de quelques dynamiques du deplacement force interne, present de facon importante en Colombie pendant la derniere decennie a cause de la guerre interne que connait ce pays. Suivant le flux ruralurbain, les paysans fuient leur domicile pour aller vers la ville. L'imaginaire de securite des villes, comme par exemple Bogota ou sont presents le gouvernement et toutes les institutions publiques, est en train de produire une urbanisation acceleree face a une deruralisation qui transforme l'ensemble du pays. La rencontre avec d'autres deplaces dans les memes circonstances que soi permet de tisser de nouvelles sociabilites improvisees, fragmentees et ambigues et rend possible de trouver quelques reponses a leur situation. Malgre une precarite quotidienne, les desplazados (deplaces) soutiennent l'attente d'un futur meilleur, a defaut d'autres horizons et au sein d'une lassitude provoquee par l'instabilite et l'incertitude.

J'ai vu la fumee et les flammes monter jusqu'au ciel. > fuir de leurs maisons. Cris, horreur, pleurs et deuil. La mort est en liberte. Ta vie est en jeu, ron sang est le pari. Ils viennent avec des armes a feu, la mort est en liberte. Colombia est en jeu. Dans cette guerre maudite, autant de pauvres autant de morts. le veux retourner au bord de ma riviere, je veux retourner a mon village. Aidez-nous mon Dieu a eteindre cet enfer (1).

En Colombie, pres de quatre millions de personnes ont du fuir leur domicile pour echapper aux groupes armes et a la violence d une guerre de plus en plus presente et complexe (2) qui laisse sur son passage mort, desolation, deracinement et douleur. Les expulsions, deplacement force de la population, sont devenues une expression quotidienne dramatiquement banale de la violence armee. Elles marquent une rupture brutale et radicale avec la communaute et le territoire d'origine; elles traduisent une privation violente des repares materiels et symboliques qui fondent l'identite des individus et des familles qui en sont victimes. Pour les desplazados (deplaces), ecarteles entre un present amer, deja inscrit dans le passe, et un futur incertain, le desespoir est absolu. Alors, ou chercher protection? Les villes et centres peuples, surtout les plus importants, sont les elus. L'imaginaire de securite dans les villes, ou sont presents le gouvernement et toutes les institutions publiques, est en train de produire une urbanisation acceleree face a une deruralisation qui transforme l'ensemble du pays.

Ces reflexions suivent une partie de ma these doctorale qui a etudiee la situation generale du deplacement en Colombie, en accordant une importance particuliere a la rupture et la reconstruction du territoire, des referents identitaires et de l'action collective (3). Le texte se divisa en quatre parties. Nous montrons d'abord le processus de deruralisation et d'urbanisation. Nous exposons ensuite quelques dynamiques du deplacement oriente vers Bogota, la villa capitale, d'apres les temoignages des deplaces. Nous abordons ensuite la categorie desplazado qui tenda devenir substantielle et stigmatisee. Enfin, nous nous penchons sur les expressions de solidarite, d'organisation et de resistance des deplaces dans les villas.

  1. Processus acceleres de deruralisation et d'urbanisation

    En Colombia las campagnes ont occupe dans la guerre un espace privilegie, bien que non exclusif, pendant les cinquante dernieres annees au moins, espace qui garde une forte relation avec la subordination et l'exclusion des campagnes. C'est pourquoi le deplacement force concerne essentiellement les habitants ruraux. Guerre et deplacement sont en train de produire une deruralisation dont la contrepartie est une urbanisation acceleree, avec en arriere-plan une modernisation apparente, fragmentee et appauvrissanta.

    Le developpement de la guerra dans les territoires ruraux obeit aux interets militaires, sociopolitiques et economiques des differents acteurs armes allies aux acteurs non armes. Dans cette guerra complexe qu'est en train de vivre le pays le rapport de cause a effet devient diffus, a tel point qu'il est difficile d'etablir d'une maniere generale s'il y a des desplazados parce qu'il y a une guerre, ou s'il y a une guerre pour qu'il y ait des desplazados (4). Au milieu des dynamiques regionales, la guerre generalisee recree peu a peuses particularites. Cependant, qu'environ 70 % des foyers deplaces ont un rapport a la terre (a travers la residence, l'emploi et/ou la propriete de la terre) demeure significatif. Avec le deplacement force des familles, pres de quatre millions d'hectares se sont vus > et reinvestis. Le deplacement sert ainsi un double objectif: homogeneiser la population pour faciliter le controle du territoire et, en meme temps, reordonner la propriete de la terre en fonction des interets des groupes armes.

    La guerre en Colombie est en train de provoquer d'une maniere acceleree et arbitraire une transformation du systeme social et economique de la campagne et des villes. PrOs de mille paysans entrent chaque jour dans un processus de transit force vers des centres urbains sans possibilite de retour, tout au moins a moyen terme. Au milieu d'une espece de nomadisme temporaire, les foyers et les personnes en deplacement s'orientent vers les centres urbains qui voient s'accelerer ces dynamiques d'urbanisation. Plonges dans l'ambiguite constante, les desplazados vivent dans la ruptura et l'articulation forcee de deux logiques qui semblent s'inscrire de maniere schematique entre tradition et modernite (5), que l'on peut comparer avec la dichotomie campagne-ville. Cette polarisation theorique est cependant erronee. Dans la realite, ella entretient constamment des articulations, des superpositions et des frontieres diffuses.

    Se deplacer suppose un changement force du territoire, qui rend obligatoire la construction de relations avec d'autres lieux, d'autres acteurs et d'autres groupes sociaux. Partir, sous la menace des armes, entraine aussi une modification radicale de l'image que l'on a de soi-meme et donc la construction d'une identite nouvelle. La guerra bouleverse donc les referents territoriaux de la population et, par-la, elle touche directement les dynamiques de construction identitaire. La terreur, les persecutions, les menaces modifient les representations de l'espace et des objets ainsi que de la place qu'y occupent les individus et les groupes sociaux.

    L'itineraire campagne-ville parait etre le plus frequent dans la dynamique du desplazamiento (deplacement) force (6). Dans le cas colombien, les paysans partent en direction des centres urbains, qui na sont pas uniquement les grandes villas mais n'importe quel perimetre urbain voisin, a la recherche de protection. Cependant, les centres urbains na constituent pas automatiquement des espaces de plus grande securite physique par rapport a l'isolement et au manque de protection des campagnes. Dans certains cas, la garantie qu'ils offrent n'est pas plus grande. Voyons quelques manifestations de cette relation ambigue du milieu urbain comme lieu sur et comme alternativa a la guerra :

  2. Les centres urbains, mema petits, conferent un certain pouvoir d'action collective face aux demandes d'aide, de sorte que les distances et la solitude des campagnes restreignent la possibilite de donner et de recevoir de l'aide en cas d'agression. Cependant, rien n'est moins sur, du fait que les actions violentes dans les petites municipalites se sont multipliees sans que leurs habitants aient pu y faire quoi que ce soit (7). En meme temps, dans les centres peuples, il peut etre plus facile d'etablir des accords avec les acteurs armes de facon a eviter des irruptions violentes au sein des populations et des communautes (8).

  3. Les centres urbains peuvent garantir la defense de leurs citoyens grace a la presence d'autorites talles les forces de l'ordre, habituellement presentes pour assurer cette tache. Or, ceci est un imaginaire incertain, car les > sont frequentes de la part des guerillas et des paramilitaires, sans qu'une plus grande protection soit offerte (9). D'autre part, la presence de paramilitaires et de la guerilla dans le controle politique et militaire des populations rurales parait indiquer qu'un autre element empeche l'exercice de la protection de la population (10). Meme dans les villes de moyenne et de grande taille, les persecutions selectives perpetrees sur des leaders et sur des personnes se maintiennent.

  4. Les villes sont des lieux ou peuvent se produire des rapports de force avec le gouvernement. Dans certains cas, on a vu des desplazamientos massifs dont le but etait de faire pression sur le gouvernement et sur l'opinion publique, justement pourquoi ils s'orientent vers des villes strategiques au niveau de l'economie et de la securite de la region (11). Cependant, ce mecanisme a souvent echoue dans la mesure ou a la suite de grands efforts...

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